Régulation du grand gibier, gestion d’un site naturel ouvert aux scolaires, formation des chasseurs, indemnisation des dégâts agricoles : la Fédération des Chasseurs du Cher cumule des missions qui dépassent largement l’organisation de la saison de chasse. Voici, sources officielles à l’appui, ce que recouvre concrètement son rôle dans la préservation de la faune sauvage et de ses habitats.
- Elle « assure la gestion des plans de chasse individuels », l’outil qui encadre les prélèvements espèce par espèce.
- Elle « conduit des actions de prévention des dégâts de gibier » et indemnise les dégâts de grand gibier.
- Elle gère un Espace Naturel Sensible ouvert au public scolaire, le Territoire des Places à Morogues.
- Elle « élabore un schéma départemental de gestion cynégétique », réécrit tous les six ans.
Plan de l'article
Les missions fondamentales de la Fédération des Chasseurs du Cher #
La Fédération des Chasseurs du Cher n’agit pas dans un cadre libre : ses missions sont énumérées par le code de l’environnement et reprises dans ses missions statutaires publiées en ligne. On y retrouve trois grands blocs : la gestion des espèces, la protection des habitats et le soutien aux écosystèmes, auxquels s’ajoutent la formation et la police administrative de la chasse. La chasse y est donc traitée comme un outil de gestion encadré, adossé à des documents de planification opposables, et non comme une simple activité récréative.
| Mission statutaire | Ce qu’elle recouvre | Référence citée |
|---|---|---|
| Patrimoine cynégétique et faune sauvage | « Participer à la mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental et à la protection et à la gestion de la faune sauvage » | Code de l’environnement |
| Plans de chasse individuels | Attribution et suivi des prélèvements, espèce par espèce et territoire par territoire | Art. L. 425-8 et L. 425-10 |
| Dégâts de grand gibier | Actions de prévention et indemnisation des dégâts causés aux cultures | Art. L. 426-1 et L. 426-5 |
| Schéma départemental de gestion cynégétique | Document de planification élaboré en concertation, réécrit tous les six ans | Code de l’environnement |
| Formation et information | Formation au permis de chasser, actions « d’information, de formation, d’éducation et d’appui technique » | Code de l’environnement |
| Fonds biodiversité | Contribution financière « qui ne peut être inférieure à 5 € par adhérent ayant validé un permis » | Code de l’environnement |
Gestion des populations animales
Le rôle de la fédération dans la gestion des populations de gibier passe d’abord par les plans de chasse. Ce dispositif fixe, pour chaque territoire, un nombre d’animaux à prélever par espèce — notamment le cerf élaphe, le chevreuil et le sanglier. Son objectif est double : éviter la surdensité, qui se traduit par des dégâts aux cultures et une pression sur les milieux, et garantir le maintien des populations. La fédération publie d’ailleurs un livret des attributions de plans de chasse et met à disposition une documentation dédiée au grand gibier.
À lire La Fédération Française de Chasse : protectrice de la faune sauvage?
Un second volet concerne les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), qui font l’objet d’une rubrique documentaire spécifique, et les formations associées — la régulation des corvidés et le piégeage figurent au catalogue de formation de la fédération. Cette logique de gestion départementale se retrouve dans toute la France : elle structure par exemple les enjeux de gestion de la faune sauvage en Vaucluse comme dans le Cher.
- Évaluation des populations animales
- Élaboration des plans de chasse
- Encadrement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts
Protection et étude des habitats naturels
En parallèle de la gestion de la faune, la Fédération des Chasseurs du Cher œuvre pour la protection des habitats naturels. Son action la plus visible sur ce terrain est la gestion d’un Espace Naturel Sensible, le Territoire des Places, à Morogues. Un ENS y est défini comme un « site naturel remarquable reconnu pour ces caractéristiques écologiques et/ou paysagères qu’il est nécessaire de préserver et de valoriser auprès du public ».
Le site réunit plusieurs milieux complémentaires : la fédération y fait découvrir « nos forêts, nos prairies, nos landes ainsi que nos zones humides ». Cette mosaïque est justement ce qui fait la valeur écologique du lieu : elle permet à des cortèges d’espèces très différents de cohabiter sur un même périmètre, et sert de support pédagogique concret pour expliquer la notion d’habitat.
| ENS du Territoire des Places | Donnée publiée par la fédération |
|---|---|
| Acquisition du site | 2000 |
| Élèves accueillis entre 2004 et 2021 | 3 000 |
| Classes reçues chaque année | 15 à 20 |
| Saison d’accueil | De mi-mars à début décembre |
Les actions de sensibilisation et d’éducation
Les initiatives éducatives sont explicitement inscrites dans les missions de la fédération, qui « conduit des actions d’information, de formation, d’éducation et d’appui technique à l’intention des gestionnaires des territoires, du public et des chasseurs ». Elles prennent deux formes principales. D’un côté, l’accueil sur le terrain, via l’ENS de Morogues. De l’autre, un outil numérique : Ekolien, présenté comme un « site collaboratif mis gratuitement à votre disposition » pour trouver « les informations, les photographies, ou les vidéos » et « construire une intervention ou un exposé sur une espèce animale sauvage ou un milieu naturel particulier ».
À lire Faut-il repenser la fédération de chasse pour préserver nos écosystèmes ?
Le troisième pilier est la formation des chasseurs eux-mêmes : préparation au permis de chasser, sécurité décennale, chasse à l’arc, piégeage, garde particulier, examen initial de la venaison, responsable de chasse et chef de ligne. C’est par ce canal que passent, année après année, les évolutions réglementaires et les bonnes pratiques de gestion.
- Accueil de classes sur l’Espace Naturel Sensible
- Ressources pédagogiques en ligne via Ekolien
- Catalogue de formations à destination des chasseurs et des gestionnaires
Les enjeux de la biodiversité dans le Cher #
Dans le département du Cher, la préservation de la faune sauvage prend une dimension particulière, à l’intersection de la grande culture, de la forêt et des milieux humides. Les défis environnementaux se multiplient et mettent à mal les habitats naturels : la Fédération des Chasseurs du Cher doit donc adapter en continu ses outils de gestion.
Évolution des écosystèmes en péril
Changement climatique, fragmentation des milieux et artificialisation des sols pèsent sur la biodiversité ordinaire comme sur les espèces les plus spécialisées. C’est précisément la raison d’être du schéma départemental de gestion cynégétique : ce document, « imposé par le Code de l’Environnement », est « élaboré dans chaque département par les fédérations départementales des chasseurs en concertation avec les autres acteurs du monde cynégétique » et décrit « les actions mises en œuvre dans le département par les chasseurs et leur fédération avec un objectif global de gestion durable des espèces et des espaces ».
Interactions entre agriculture et conservation
Chasse et agriculture partagent les mêmes territoires, et la question des dégâts de gibier est le principal point de contact entre les deux mondes. La loi confie ici un rôle direct à la fédération : elle « conduit des actions de prévention des dégâts de gibier et assure l’indemnisation des dégâts de grand gibier ». Concrètement, cela signifie qu’une parcelle endommagée par les sangliers ou les cervidés peut donner lieu à un dossier d’indemnisation instruit au niveau départemental.
À lire La fédération de chasse 87 : Quelles actions pour la protection de la faune sauvage ?
Cette double casquette — réguler d’un côté, indemniser de l’autre — est ce qui pousse la structure à rechercher un équilibre agro-cynégétique plutôt qu’une maximisation des populations. La même mécanique est à l’œuvre ailleurs, comme le montrent les actions de protection de la faune sauvage menées en Haute-Vienne.
Les actions pour la préservation des zones humides #
Les zones humides comptent parmi les milieux les plus riches en biodiversité, et parmi les plus fragiles. Dans le Cher, elles font partie intégrante des milieux gérés et présentés au public par la fédération, aux côtés des forêts, des prairies et des landes.
Promotion de la biodiversité aquatique
Sur l’Espace Naturel Sensible du Territoire des Places, les zones humides sont l’un des quatre grands types de milieux mis en avant auprès des groupes accueillis. Leur maintien suppose un entretien régulier : sans intervention, ces milieux se referment naturellement et perdent la lame d’eau temporaire dont dépendent de nombreuses espèces, à commencer par les amphibiens et les invertébrés aquatiques.
La valorisation pédagogique joue ici un rôle qu’on sous-estime souvent. Faire passer 15 à 20 classes par an sur un site où l’on observe une prairie humide en fonctionnement produit un effet de long terme que peu de campagnes de communication obtiennent.
À lire Fédération de chasse 32 : Comment préserver la faune sauvage dans le département ?
- Entretien des milieux humides du site géré
- Découverte encadrée des zones humides par les groupes scolaires
- Articulation avec le schéma départemental de gestion cynégétique
Les défis à relever
Les difficultés restent réelles. Les milieux humides subissent l’assèchement estival, la modification du régime des pluies et la pression des usages sur les mêmes parcelles. La sensibilisation du public — et des propriétaires fonciers — reste donc un levier central, au même titre que les mesures techniques.
La coopération avec les autres acteurs du territoire est l’autre condition de réussite : collectivités, gestionnaires d’espaces naturels, organisations agricoles. La fédération travaille de ce point de vue en réseau, comme l’ensemble des structures départementales — voir par exemple les enjeux d’équilibre écologique dans le Pas-de-Calais.
Pour donner une idée du type de bilan que rendent publiquement les fédérations départementales, voici le rapport d’activité d’une fédération voisine, celle d’Eure-et-Loir (FDC 28) — le format et les rubriques sont comparables d’un département à l’autre.
Conclusion des actions de la Fédération des Chasseurs du Cher #
La Fédération des Chasseurs du Cher joue un rôle crucial dans la préservation de la faune sauvage moins par choix éditorial que par construction juridique : ses missions de gestion des plans de chasse, de prévention et d’indemnisation des dégâts, de planification cynégétique et d’éducation à la nature en font un gestionnaire de fait d’une partie du patrimoine naturel départemental. Le contrôle citoyen de cette action passe par des documents publics — schéma départemental, arrêtés préfectoraux, rapports d’activité — plutôt que par des impressions générales sur la chasse.
À lire Équilibre entre chasse et biodiversité en Caraïbe : un symposium pour unir les perspectives
Pour plus d’informations sur les initiatives de la fédération, visitez leur site : Fédération des Chasseurs du Cher.
À retenir #
- Un cadre légal, pas un engagement facultatif : les missions de la FDC 18 sont énumérées par le code de l’environnement.
- Le plan de chasse est l’outil central de régulation, décliné par espèce et par territoire.
- L’indemnisation des dégâts de grand gibier incombe à la fédération, ce qui l’oblige à viser l’équilibre agro-cynégétique.
- Un site naturel géré et ouvert : l’ENS du Territoire des Places à Morogues, acquis en 2000, a accueilli 3 000 élèves entre 2004 et 2021.
- Le schéma départemental de gestion cynégétique, réécrit tous les six ans, est le document à consulter pour connaître les actions réellement engagées.

