Réglementation, sécurité, dégâts de gibier, cohabitation avec les autres usagers de la nature : la chasse française évolue sous l’effet de textes précis et de bilans publics chiffrés. Ce point d’étape rassemble uniquement des éléments vérifiables — les textes en vigueur et les données publiées par l’Office français de la biodiversité (OFB) — sans prendre parti dans un débat qui reste vif.
- Permis : document permanent depuis 1975, délivré par l’OFB après une formation obligatoire assurée par les fédérations départementales.
- Validation : annuelle, ou temporaire (9 jours une fois par an, 3 jours deux fois par an), sous conditions d’assurance et d’adhésion à la fédération du département.
- Sécurité : gilet fluorescent et signalisation obligatoires en chasse collective au grand gibier, remise à niveau décennale pour tous les titulaires du permis.
- Dégâts : le sanglier peut être classé espèce susceptible d’occasionner des dégâts par arrêté annuel du préfet, ce qui ouvre des mesures de régulation encadrées.
Plan de l'article
- Politiques environnementales : impact sur les domaines de chasse
- Nouveaux enjeux pour la chasse : profils des pratiquants et données disponibles
- Mobilisation des chasseurs et initiatives locales : dégâts de gibier et régulation
- Technologies modernes et innovations cynégétiques
- Accidents et incidents : ce que dit le dernier bilan de l’OFB
- Les débats en cours, sans trancher
- Questions fréquentes
Politiques environnementales : impact sur les domaines de chasse #
Le cadre applicable aux territoires de chasse en France repose sur une architecture à deux niveaux. Des textes nationaux posent le socle — le code de l’environnement, complété par des arrêtés ministériels — et le préfet décline ensuite ce socle dans chaque département, par arrêté annuel et par la validation du schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC). C’est ce qui explique qu’une même pratique puisse être autorisée dans un département et restreinte dans le département voisin.
Le permis de chasser lui-même est délivré par l’Office français de la biodiversité. L’établissement indique qu’il s’agit d’« un document permanent depuis 1975 », soumis à une validation pour l’année entière ou pour une période plus courte : 9 jours, une fois par an, ou 3 jours, deux fois par an. Pour valider ce permis, il faut être assuré, être membre de la fédération du département où l’on souhaite chasser, et s’être acquitté d’une redevance cynégétique et d’un droit de timbre.
Évolution des législations
Sur le volet sécurité, deux textes structurent l’essentiel de ce qui s’applique aujourd’hui. Le premier est ancien : la circulaire dite « sécurité publique » du 15 octobre 1982, prise après une décision du tribunal administratif de Rennes du 4 février 1982 qui avait sanctionné l’interdiction de chasser dans un rayon de 150 mètres autour des habitations. Depuis, chaque département dispose d’un arrêté de sécurité publique interdisant notamment l’usage d’armes à feu sur les routes et chemins publics, ainsi que tout tir en direction des habitations, des stades, des lieux de réunion publique, des voies ferrées ou des lignes électriques.
Le second est récent : l’arrêté du 5 octobre 2020, pris en application de l’article L.424-15 du code de l’environnement. Il impose le port visible et permanent d’un gilet fluorescent à tout participant à une action collective de chasse à tir au grand gibier, « y compris les personnes non armées », et oblige l’organisateur à poser des panneaux de signalisation temporaire aux entrées principales de la zone, le jour même, puis à les retirer une fois l’action terminée.
| Texte ou dispositif | Ce qu’il fixe | Niveau |
|---|---|---|
| Circulaire du 15 octobre 1982 | Socle des interdictions de tir (routes, habitations, voies ferrées, lignes électriques) | National, décliné par arrêté préfectoral |
| Arrêté du 5 octobre 2020 (art. L.424-15) | Gilet fluorescent, panneaux de signalisation, remise à niveau décennale | National |
| Arrêté préfectoral annuel | Dates d’ouverture et de fermeture, par département et par espèce | Départemental |
| Schéma départemental de gestion cynégétique | Règles complémentaires locales, validé par le préfet | Départemental |
| Article R.427-6 du code de l’environnement | Liste complémentaire des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, par arrêté annuel du préfet | Départemental |
Adaptation des pratiques cynégétiques
L’obligation la plus structurante pour les pratiquants est la remise à niveau décennale. L’arrêté du 5 octobre 2020 prévoit que son échéance est calculée à compter de la date de délivrance du permis de chasser, et que les titulaires disposaient d’un délai de dix ans à compter de la publication du texte pour y satisfaire. Les modalités de convocation relèvent de la fédération départementale des chasseurs ; le programme de formation est défini par la Fédération nationale des chasseurs après avis de l’OFB. Cette formation porte sur les règles élémentaires de sécurité, pour les chasseurs comme pour les non-chasseurs.
Le reste de l’encadrement se joue dans le SDGC, où chaque fédération peut ajouter des règles adaptées au contexte local. L’OFB y recommande par exemple une tenue fluorescente, de préférence orange, qu’il juge « bien plus visible en milieu ouvert ». Ces recommandations n’ont pas partout la même force juridique : selon les départements, elles sont reprises ou non dans le schéma.
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Nouveaux enjeux pour la chasse : profils des pratiquants et données disponibles #
Le débat public prête souvent à la chasse un profil type. Les données publiées par l’OFB dans son bilan annuel invitent à la prudence sur ce terrain : elles portent sur les auteurs d’accidents, pas sur l’ensemble des pratiquants, et elles contredisent plusieurs intuitions répandues.
Engagement des jeunes dans la chasse
L’âge ressort comme un mauvais prédicteur. En croisant la répartition par classes d’âge des auteurs d’accidents depuis 2003 avec celle de la population des chasseurs, l’OFB conclut que « l’âge n’apparaît pas comme un facteur de risque », et note même que les plus de 65 ans « semblent proportionnellement moins à risque ». Le même constat vaut pour les auto-accidents, c’est-à-dire les accidents dont le tireur est lui-même la victime.
Côté volume, l’OFB indique faire passer l’examen du permis de chasser à « environ 34 000 candidats chaque année », avec 28 inspecteurs du permis de chasser répartis sur l’ensemble du territoire, outre-mer compris. La formation préalable à toute inscription à l’examen est obligatoire et relève des fédérations départementales et interdépartementales.
Ancienneté du permis et formation : ce que montrent les données
Deux variables, en revanche, ressortent nettement. La première est l’année d’obtention du permis : l’épreuve pratique de l’examen a été mise en place en 2003, et l’OFB relève que les titulaires d’un permis antérieur à cette date sont surreprésentés parmi les auteurs d’accidents par rapport à leur poids dans la population des chasseurs. La seconde est le suivi de la remise à niveau décennale, que l’OFB décrit comme « un facteur positif sur la prévention des accidents », dans une proportion qu’il qualifie lui-même de plus faible.
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Ces deux constats pointent dans la même direction : la formation, initiale puis continue, pèse davantage que le profil démographique. C’est aussi ce qui explique que l’essentiel des évolutions réglementaires de la dernière décennie ait porté sur la formation et la signalisation plutôt que sur des restrictions générales de la pratique.
Mobilisation des chasseurs et initiatives locales : dégâts de gibier et régulation #
Sur le terrain, une grande partie de l’activité cynégétique organisée répond aujourd’hui à un enjeu de régulation. Le sanglier en est le cas d’école : l’OFB décrit une espèce « présente dans tout l’Hexagone », dont « les effectifs sont en augmentation constante », et dont l’enquête nationale tableaux de chasse a estimé le prélèvement à environ 801 345 individus sur la saison 2020-2021. L’établissement précise que les prélèvements nationaux « ont été multipliés par 2 ces 20 dernières années ».
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Régulation locale et responsabilité administrative
Quand une espèce est classée susceptible d’occasionner des dégâts — inscription décidée par arrêté annuel du préfet, au titre de l’article R.427-6 du code de l’environnement — la chasse ordinaire peut être complétée par des mesures de régulation. L’OFB cite la battue administrative et le tir de nuit, mis en œuvre par un lieutenant de louveterie sur décision de l’autorité administrative, ainsi que le tir à l’affût par des agriculteurs ou des détenteurs du droit de chasse, dans les conditions prévues par un arrêté préfectoral. Ces opérations ne relèvent donc pas d’une initiative privée : elles sont décidées et encadrées par l’État.
Les dommages causés aux cultures et récoltes agricoles, notamment sur les prairies et le maïs, font l’objet d’une procédure d’indemnisation spécifique prévue par les articles L.426-1 et suivants du code de l’environnement. L’OFB cite aussi, parmi les nuisances documentées, les collisions liées aux infrastructures de circulation, les dégâts en zones résidentielles et les risques sanitaires, le sanglier pouvant être relais ou réservoir de maladies comme la peste porcine africaine.
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Technologies modernes et innovations cynégétiques #
L’innovation la plus tangible de ces dernières années ne concerne pas le matériel mais la donnée et les démarches. Elle change surtout la façon dont l’administration, les fédérations et les chercheurs suivent les populations et les incidents.
Les outils numériques au service des chasseurs
L’OFB a ouvert une plateforme numérique dédiée au permis de chasser : les candidats s’inscrivent en ligne, adressent leur dossier à la fédération départementale dont ils dépendent, puis reçoivent convocations et notifications de suivi par courriel. La même procédure simplifiée s’applique aux demandes de duplicata en cas de permis perdu ou détérioré. Côté connaissance, le réseau Ongulés sauvages, piloté par l’OFB en partenariat avec la Fédération nationale des chasseurs et les fédérations départementales, assure le suivi patrimonial des ongulés sauvages présents dans l’Hexagone et alimente les enquêtes nationales de tableaux de chasse.
Équilibre entre tradition et modernité
La gestion des populations reste, elle, résolument locale. L’OFB souligne que « compte tenu des variations importantes des populations à l’échelle du territoire », la gestion « doit être adaptée au contexte local ». Le sanglier n’est d’ailleurs pas soumis au plan de chasse obligatoire prévu à l’article R.425-1-1, contrairement à d’autres grands ongulés : les leviers passent par l’intensification de l’effort de chasse, l’adaptation des modalités selon les périodes sensibles et des mesures de protection des parcelles agricoles.
Accidents et incidents : ce que dit le dernier bilan de l’OFB #
Chaque année, le réseau national « sécurité à la chasse » de l’OFB publie un bilan détaillé. Il distingue deux catégories : l’accident, défini comme une « blessure corporelle suite à l’emploi d’une arme de chasse », et l’incident, défini comme un dommage matériel sans blessure corporelle. Les chiffres qui suivent sont ceux de la saison 2025-2026, avec le rappel de la saison 2024-2025 pour situer l’évolution.
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Les incidents suivent une trajectoire inverse de celle des accidents. L’OFB constate que la saison 2025-2026 « confirme l’augmentation significative des incidents constatée la saison précédente », au-dessus de la moyenne des quinze dernières années (99 incidents par an), même si les trois principales catégories — habitations, véhicules et animaux domestiques touchés — reculent légèrement. Ces incidents concernent la chasse du grand gibier à 90 %, et les tirs directs y sont largement majoritaires (87 %). La distance moyenne relevée est de 214 mètres, avec des cas extrêmes allant « jusqu’à près de 2 000 mètres ».
Enfin, l’OFB indique que 38 décisions de suspension administrative ont été prononcées par son directeur général au cours de la saison 2025-2026, en hausse par rapport à la saison précédente : 25 font suite à une blessure corporelle grave ou mortelle, 13 à un incident de mise en danger sans blessure.
Les débats en cours, sans trancher #
Plusieurs sujets reviennent régulièrement dans la discussion publique. Ils sont présentés ici comme des débats ouverts, avec l’état du droit et les données disponibles à l’appui — et non comme des mesures acquises.
Le Sénat précise qu’une proposition de loi visant à mettre en œuvre les principales propositions du rapport a été déposée le 1er février 2023 par le rapporteur de la mission. Un dépôt n’est pas une adoption : à ce stade, ces mesures restent des propositions, et une recommandation d’un établissement public n’est pas davantage une obligation. Pour savoir ce qui s’applique réellement à un territoire donné, les deux sources de référence restent l’arrêté préfectoral de l’année en cours et le schéma départemental de gestion cynégétique.
- Un cadre à deux étages : le socle est national, la déclinaison est départementale, par arrêté préfectoral annuel et par le schéma de gestion cynégétique.
- Trois obligations de sécurité issues de l’arrêté du 5 octobre 2020 : gilet fluorescent en chasse collective au grand gibier, signalisation temporaire des accès, remise à niveau décennale.
- Un bilan public et chiffré : 92 accidents et 4 morts sur la saison 2025-2026, plus bas niveau de mortalité enregistré, mais des incidents matériels en hausse.
- La formation pèse plus que l’âge : les données de l’OFB désignent l’ancienneté du permis et le suivi de la remise à niveau comme les variables discriminantes.
- Les débats restent ouverts : distances de sécurité, jours sans chasse, alcool, chevrotine — aucun de ces points n’est tranché par les textes nationaux cités ici.

