L’ouvrage de Jean-Baptiste Forray, “Les nouveaux seigneurs”, publié le 17 octobre aux éditions les Arènes, offre une immersion détaillée dans l’univers souvent méconnu des grandes propriétés de chasse en Sologne. L’enquête révèle comment de prestigieuses dynasties du capitalisme français ainsi que des magnats récents exploitent ces territoires vastes pour leurs loisirs exclusifs, menant à ce que l’auteur qualifie de « séparatisme des ultra-riches ».
La transformation écologique et sociale de la Sologne #
La Sologne, autrefois terre d’une riche biodiversité et accessible au public, se métamorphose progressivement en un domaine exclusif de l’élite économique. L’enquête de Forray met en lumière comment l’agrément estival des chasses s’est mué en bastion de transactions influentes et de démonstrations de puissance. Ainsi, 4000 kilomètres de clôtures ont été érigés, marquant une augmentation significative depuis les 110 kilomètres notés en 1974. Cette pratique d’engrillagement, en pleine expansion, soulève des préoccupations tant écologiques que sociales, emprisonnant le gibier et altérant les écosystèmes natifs.
Des pratiques de chasse controversées #
Engagées dans ce que l’on pourrait appeler une forme de tourisme intérieur, ces élites organisent des chasses matinales et vespérales dans différentes régions, usant de moyens de transport comme l’hélicoptère pour maximiser leur temps de loisir. Ces rendez-vous cynégétiques, qualifiés parfois de « séminaires d’automne » par les corporations, deviennent des occasions pour conclure d’importants accords commerciaux à l’abri des regards indiscrets. La singularité de ces événements et leur confidentialité posent question quant à leur véritable nature et intention.
À lire Pourquoi la fédération de pêche est-elle essentielle pour préserver nos cours d’eau ?
La réaction des acteurs traditionnels de la chasse #
Le fossé se creuse également au sein de la communauté des chasseurs. Certains puristes du domaine s’élèvent contre ces pratiques qu’ils jugent dénaturer la tradition de la chasse. La régulation de l’engrillagement se profile à l’horizon 2027, mais les sceptiques, dont Forray, craignent qu’une armée d’avocats ne soit mobilisée par ces puissants propriétaires pour contrecarrer ou diluer les efforts législatifs.