« Nous sommes en retard pour combattre cette invasion » n’est pas un jugement porté sur le département de l’Ain : c’est ce qu’ont dit d’eux-mêmes, en juin 2024, les piégeurs bénévoles du Bugey réunis à la mairie de Druillat après leur première campagne. Voici qui a parlé, ce qui a réellement été fait, qui est compétent — et ce que la loi a changé depuis.
- Quoi · Samedi 1ᵉʳ juin 2024, à la mairie de Druillat, près de vingt-quatre volontaires apiculteurs dressent le bilan d’une première campagne de piégeage d’environ dix semaines sur un large secteur du Bugey : 400 frelons asiatiques capturés — des individus piégés, pas des nids détruits (Le Progrès, 3 juin 2024).
- Qui le dit · Le constat de « retard » est celui des piégeurs bénévoles eux-mêmes. Aucune autorité — préfecture, conseil départemental, communes — n’est mise en cause par une source nommée.
- Pourquoi ça compte · En juin 2024, aucun plan national ni départemental n’existait. La loi du 14 mars 2025 en a créé un, lancé le 27 mars 2026 avec 3 millions d’euros par an — et aussitôt jugé insuffisant par la filière apicole.
Contexte : ce qui s’est passé à Druillat le 1ᵉʳ juin 2024 #
Le fait est local et précis. Le samedi 1ᵉʳ juin 2024, à la mairie de Druillat, dans le Bugey — le Bugey étant une région de l’Ain, et non l’inverse —, près de vingt-quatre volontaires, apiculteurs, se réunissent pour tirer le bilan d’une campagne d’environ dix semaines menée sur un large secteur du territoire. Le décompte annoncé est de 400 frelons asiatiques capturés.
Deux précisions changent le sens de ce chiffre. Il s’agit de frelons pris au piège : ni nids signalés, ni nids détruits, ni colonies d’abeilles sauvées. Et Le Progrès présente l’opération comme une première campagne à cette échelle — un commencement documenté, pas un échec constaté. La suite de l’article étant réservée aux abonnés, nous n’en tirons que ce qui est publiquement lisible.
« Nous sommes en retard » : qui l’a dit, et de quoi il parlait #
Le titre d’origine de cette page transformait une parole en verdict. Dans la source, le « nous » désigne les piégeurs bénévoles : c’est une autocritique de terrain sur l’avancement de leur travail, formulée le jour d’un premier bilan. Détachée de ceux qui la portaient, elle devenait une accusation contre un département et ses institutions, qu’aucune source nommée n’a jamais formulée.
Les développements qui suivaient — moyens « insuffisants », « manque de coordination » entre les instances, sensibilisation « moins immédiate », techniques « inadaptées », recherche locale absente — ne figuraient dans aucune source. Ils ont été retirés, et non remplacés par d’autres chiffres : rien ne permettait de les établir. À la place, voici le cadre réel, qui est vérifiable.
Coordination : qui est compétent, exactement #
En juin 2024, la difficulté n’était pas un désaccord entre acteurs : c’était l’absence de chef de file désigné par la loi. Le frelon à pattes jaunes est classé depuis 2016 espèce exotique envahissante préoccupante pour l’Union européenne (règlement n° 1143/2014, article L.411-6 du code de l’environnement). Ce texte oblige les États à surveiller l’espèce ; il vise son éradication là où elle émerge, et seulement le contrôle de sa propagation là où elle est déjà largement répandue et où l’éradication est, selon les termes du ministère, « de fait impossible ». Reprocher à un département de 2024 de ne pas avoir éradiqué l’espèce, c’est le juger sur un objectif que le droit européen lui-même abandonne en zone colonisée.
Depuis la loi du 14 mars 2025, la répartition est écrite. Elle se lit ainsi :
| Acteur | Ce qu’il fait, précisément |
|---|---|
| Ministères (agriculture, environnement) | Élaborent le plan national : orientations, indicateurs, classement des départements selon la pression de prédation, financements. |
| Préfet de département | Arrête le plan départemental, en assure le pilotage stratégique, la coordination technique, le suivi et la recherche de financements locaux, avec l’appui de la DREAL et de la DRAAF. Plan soumis pour avis au CSRPN et au CROPSAV (section apicole). |
| Président du conseil départemental | Associé à l’élaboration du plan départemental. Les aides départementales relèvent d’un choix facultatif de la collectivité, pas d’une obligation légale. |
| Maire / commune | Le signalement d’un nid peut être établi par l’intermédiaire du maire, ou d’un élu qu’il désigne. Ce sont les collectivités, « au premier rang desquelles les communes », qui sollicitent le guichet d’aide de l’État. |
| Organismes à vocation sanitaire (GDS, FREDON) | Leur section départementale est consultée sur le plan ; ils animent, dans plusieurs régions, les dispositifs de piégeage sélectif avec apiculteurs et référents. |
| OFB, MNHN, ITSAP | Associés aux plans et pilotes des actions de connaissance et de validation des méthodes de lutte. |
| Apiculteurs et bénévoles | Piègent, signalent, protègent les ruchers. C’est à ce titre qu’agissaient les volontaires de Druillat en 2024 — sans cadre départemental pour les relayer. |
Sensibilisation et participation citoyenne : ce que font bénévoles et communes #
L’idée d’une mobilisation citoyenne défaillante dans l’Ain ne résiste pas aux faits publiés : vingt-quatre bénévoles réunis un samedi de juin pour un bilan de campagne, c’est déjà une mobilisation. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes titrait le 4 juillet 2025 « les apiculteurs de l’Ain se mobilisent pour lutter contre les frelons asiatiques » ; Le Progrès rapportait le 7 mai 2026 qu’une commune du département, Saint-Julien-sur-Reyssouze, « s’implique dans la lutte » ; le Département de l’Ain publiait le 10 mars 2026 « Lutte contre le frelon asiatique : le Département poursuit son engagement ». Nous n’avons pas pu accéder au détail de ces publications : nous n’en citons que le titre, la source et la date.
Techniques de piégeage : ce que dit le cadre officiel, et ses limites #
La version précédente de cette page détaillait une recette d’appât maison, présentée comme une technique prometteuse mal déployée. Elle a été retirée et n’est volontairement pas reproduite ici. D’abord parce que la source elle-même l’écrit au conditionnel — la légende photo du Progrès indique que ce mélange « donnerait les meilleurs résultats » selon les piégeurs, ce qui n’est pas un résultat établi. Ensuite parce que le plan national assigne à sa campagne d’information l’objectif d’« éviter l’utilisation de pièges non sélectifs, en sensibilisant aux effets sur les espèces non ciblées » : un piège maison à appât fermenté est précisément non sélectif, il tue aussi des insectes que l’on cherche à protéger. Le piégeage de printemps des fondatrices figure bien dans le plan, mais les outils qu’il finance sont d’une autre nature — muselières, harpes électriques, restriction d’entrée de ruche, destruction des nids par des opérateurs équipés. Le ministère reconnaît d’ailleurs agir « en l’absence de moyens de lutte reconnus pleinement efficaces » : une limite nationale et scientifique, pas une lacune propre à l’Ain.
- La destruction d’un nid de frelons asiatiques est dangereuse : risque de piqûres multiples et d’envenimation. Le plan national demande de « faire appel à un professionnel référencé ou à un référent formé », y compris pour un nid primaire pourtant bas et accessible.
- Le bon réflexe est le signalement, pas l’intervention : prévenir la mairie de la commune où se trouve le nid, qui oriente vers le dispositif départemental. Depuis la loi de 2025, la déclaration passe par un formulaire dédié sur le site de la préfecture.
- Cet article ne donne aucun protocole de destruction, aucun produit et aucune recette d’appât, volontairement. Le plan national proscrit par exemple l’usage des paintballs, en raison de la dispersion de biocides dans l’environnement.
- Une destruction tardive, en fin de saison, est jugée « inutile, voire néfaste » par le plan national : le calendrier compte autant que la méthode.
Ce qui a changé depuis juin 2024 #
Un article écrit au présent finit par décrire un état des lieux qui n’existe plus. Le 6 mars 2025, le Parlement adopte définitivement la proposition de loi ; le texte est promulgué le 14 mars et publié au Journal officiel le 15 : loi n° 2025-237 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole. Composée d’un article unique, elle crée l’article L.411-9-1 du code de l’environnement, instaure un plan national décliné en plans départementaux et prévoit un régime d’indemnisation des apiculteurs adossé au FMSE ou à un nouveau fonds de mutualisation. Son objet assumé : remédier aux « lacunes actuelles de l’action publique ». Ce n’était donc pas une lacune de l’Ain.
Le 27 mars 2026, le ministre délégué chargé de la transition écologique Mathieu Lefèvre lance le plan national, doté de 3 millions d’euros par an pour les collectivités et les associations, avec un guichet de demandes ouvert au 1ᵉʳ mai, un réseau de référents « frelon asiatique » et une page dédiée sur les sites de préfecture. Le plan rappelle que l’espèce a été détectée en France en 2004 dans le Lot-et-Garonne avant de coloniser tout l’Hexagone, qu’elle serait responsable d’environ 20 % de la mortalité des abeilles domestiques et de quelque 12 millions d’euros de pertes directes par an pour la filière, et que, dans les cas les plus sévères, jusqu’à 30 % des colonies peuvent disparaître chaque année du fait de cette prédation.
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Le désaccord fait partie du fait : quatre jours après le lancement, La France Agricole titrait que « la filière apicole dénonce un plan “très insuffisant” », et l’Union nationale de l’apiculture française publiait le 7 avril 2026 « Le plan “Frelon” : un plan national inacceptable qui exclut délibérément les apiculteurs et apicultrices ». Le plan existe ; il est contesté par ceux qu’il vise à protéger. Dernière précision, souvent mal reprise : le frelon à pattes jaunes n’est plus un danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille. Il l’a été jusqu’en 2021, avant l’entrée en application du règlement (UE) 2016/429 ; le plan national explique qu’il ne peut pas l’être, étant un prédateur de l’abeille et non un agent pathogène. La loi de 2025 charge néanmoins le plan d’examiner « l’opportunité » d’un tel classement.
- Le « retard » est une parole de piégeurs bénévoles du Bugey, publiée le 3 juin 2024, pas un constat institutionnel sur le département de l’Ain.
- Le chiffre de la source est de 400 frelons capturés en une dizaine de semaines par vingt-quatre volontaires : des insectes piégés, pas des nids détruits.
- En 2024, aucune autorité n’était légalement tenue d’agir : le droit européen n’impose que la surveillance et, en zone colonisée, le contrôle de la propagation.
- Depuis la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025, le préfet arrête le plan départemental, le maire est le canal de signalement, et l’aide du conseil départemental reste facultative.
- Un nid ne se détruit jamais soi-même : on le signale à la mairie, un professionnel intervient.
Questions fréquentes #
L’Ain était-il réellement « en retard » en 2024 ?
Qui dois-je appeler si je découvre un nid de frelons asiatiques ?
Qui paie la destruction d’un nid ?
Le piégeage de printemps est-il recommandé ?
Sources #
| Lien | Ce qu’il contient réellement |
|---|---|
| Le Progrès, 3 juin 2024 | Article source, signé Henri Barth : la citation, la réunion du 1ᵉʳ juin à Druillat, les vingt-quatre volontaires, les 400 frelons capturés. Corps réservé aux abonnés au-delà des premiers paragraphes. |
| Légifrance — loi n° 2025-237 | Texte officiel du 14 mars 2025, JO du 15 mars. Légifrance filtre les accès automatisés : le lien s’ouvre normalement dans un navigateur. |
| Ministère de la transition écologique — plan national (PDF) | 36 pages. Source des passages sur le préfet, le CSRPN et le CROPSAV, le signalement par le maire, les pièges non sélectifs, l’appel à un professionnel référencé et le statut d’espèce exotique envahissante. |
| Banque des Territoires, 18 mars 2025 | Analyse de la loi : article unique, plans départementaux, indemnisation FMSE, chiffres de 2004, 20 % et 12 millions d’euros. |
| Banque des Territoires, 1ᵉʳ avril 2026 | Lancement du 27 mars 2026 : 3 millions d’euros par an, guichet au 1ᵉʳ mai, réseau de référents, page dédiée en préfecture. |
Plan de l'article
- Contexte : ce qui s’est passé à Druillat le 1ᵉʳ juin 2024
- « Nous sommes en retard » : qui l’a dit, et de quoi il parlait
- Coordination : qui est compétent, exactement
- Sensibilisation et participation citoyenne : ce que font bénévoles et communes
- Techniques de piégeage : ce que dit le cadre officiel, et ses limites
- Ce qui a changé depuis juin 2024
- Questions fréquentes
- Sources